Dimitri, ou la science des ombres (4)

Épisode 3

4.

Depuis plus d’une heure, maintenant, Dimitri tournait, inlassable et inquiet, dans les rues d’un quartier qu’il connaissait bien mais qui trompait sa mémoire. C’était la nuit, sous une pluie triste et douce. Un hiver au cœur de l’été. Les odeurs humides qui s’élevaient du trottoir avaient sur son esprit des assauts de futurs nostalgiques. Le moment, cet équilibre instable auquel on ne prend pas garde, cette fois-là le troublait de son intensité, au bord du réel même. Sa conscience était ébranlée, il voyait mal ; les lumières de la ville, amplifiées par l’eau qui s’épaississait de minute en minute, au lieu de l’éclairer l’égaraient de leur éblouissement nocturne. C’était devant lui une haie, interminable et orange, qui lui rappelait les voyages en voiture de son enfance, quand son père conduisait et que lui regardait, empli d’une confiance heureuse et absolue, le ciel de la ville qui défilait ; la rue dans laquelle il venait de s’engager s’étendait sans fin visible, sans but apparent qu’il aurait pu décider d’atteindre. Il était sorti de chez lui au milieu de la nuit sans plus se rappeler ni quand ni pourquoi. Une force inconnue l’entraînait à laquelle il ne parvenait à résister que faiblement. Il s’arrêtait de temps en temps devant les souffleries, au bas des immeubles, et écoutait leur murmure infernal, qui laissait penser, malgré soi, la nuit surtout, quand personne n’est là pour nous réveiller de nos superstitions, qu’un monde obscur se creusait sournoisement sous la ville, étendait sa sauvagerie sur les fondements mêmes de la domestication humaine, et se trahissait seulement, ou prévenait peut-être, par ce râle, sourd et inarticulé, qui montait d’un mouvement perpétuel, depuis les méandres inavouables de la ville, et qu’on n’entendait pas le jour.

Il ne songeait pas à se protéger de la pluie. Il se souvenait vaguement que, peu de temps auparavant, il se trouvait dans son bureau, et que le soleil se levait à peine. Puis il était passé, par quelque brèche ignorée de l’espace-temps, dans la nuit, au milieu de cette rue infinie. Le souvenir intempestif de son bureau baigné de l’aube naissante l’inquiétait davantage que sa présence inexpliquée, mais tangible, en ce lieu paradoxal qui trompait sa mémoire. Il y avait soudain solution de continuité dans sa conscience, une rupture tectonique dont il entendait encore, au loin, les échos de violence étouffée. Le temps connaissait une faille par où son corps avait passé. Il sentait confusément qu’il n’aurait pas dû se souvenir de ce qui avait eu lieu avant. Pourtant il voyait son père, assis devant lui, qui lui parlait. Son père qui pleurait. Son père brusquement disparu.

La solitude de Dimitri était totale, et faisait flotter sa marche, avec la rue, dans une espèce d’irréalité silencieuse. Peut-être n’était-ce pas seulement le temps qui avait connu cette étrange courbure, mais l’univers lui-même, et qu’il était entré sans le savoir dans une dimension qui masquait son altérité sous une ressemblance inquiétante, ne se trahissant que par ces différences insaisissables qui tourmentaient son esprit et l’empêchaient de reconnaître pleinement le lieu où il était. Un monde différent, placé à côté, auquel on n’avait pas accès, sauf par quelque anomalie sacrilège provoquant une fêlure dans le système bien rodé des lois naturelles. Et Dimitri s’était retrouvé enfermé dans cet autre monstrueux. Il se sentait enveloppé d’une réalité mensongère qui lui refuserait toute issue. Ce monde n’avait pas d’échappatoire. On y entrait peut-être, sans le vouloir, pour ne plus en sortir. Etait-ce Alexis qui, par son évanouissement sous un rayon de soleil, l’y avait entraîné ? Mais, dans ce cas, pourquoi ?

Saisi d’une épouvante primitive, Dimitri se mit à crier le nom de son père. Il n’entendit rien ; il n’entendit pas même ses propres hurlements, comme si l’espace qui l’entourait n’était plus celui auquel il était habitué, mais le vide, qui était impossible. Ses sens s’amenuisaient et Dimitri craignait de disparaître lui-même, là, au milieu de cette rue. Il se dit qu’un coma devait ressembler à cela, un cerveau qui ne fonctionne plus que pour lui-même, devenu incapable de s’ouvrir sur l’extérieur, et qui s’épuise lentement à vouloir essayer. Dimitri ne pouvait résister à la panique qui l’étreignait, amoureusement morbide, jusqu’à l’étrangler. Alors il l’accepta ; ce fut horrible. Il comprit qu’il vivait tout au fond d’une impossibilité que personne, à part lui, ne pouvait voir, qu’il hallucinait sa vie passée, déformée, sur le néant. Il se mit à courir en espérant trouver le bout de cette illusion qu’il inventait seul. La pluie, qui ne le touchait plus, rendait immenses les lumières de la rue. Il fut bientôt aveuglé et se sentit trébucher ; il tombait.

*

La sensation de chute réveilla Dimitri.

Ce n’était pas la première fois qu’il faisait ce rêve, et il s’étonnait de ne pouvoir s’en souvenir qu’au moment où il reprenait conscience. Il se dit que, bientôt, il lui faudrait, enfin, réfléchir à ce qu’il signifiait. Il savait qu’on ne pouvait échapper indéfiniment à une réalité si intensément vécue, qu’elle reviendrait, inlassable, jusqu’à ce qu’il eût le courage de se pencher sur elle pour la déchiffrer. Il était particulièrement surpris par la cohérence profonde, visionnaire, des pensées qui lui venaient chaque fois qu’il se trouvait dans cette rue créée par son imagination inconsciente et féconde, sur ce chemin de son être qu’il avait cru naïvement avoir le pouvoir de barricader, s’y enfermant lui-même à la fin ; cette toute puissance sur lui-même s’effritait irrémédiablement et laissait place aux impressions inconnues. Elles avaient tenu longtemps, et en vain, le siège de son corps ; mais des brèches apparaissaient maintenant, à chaque réveil plus nombreuses, dans la chair granitique de sa grande muraille intérieure.

Quand il s’était senti tomber, au bord de la conscience déjà, Dimitri s’était retenu au fauteuil dans lequel il s’était endormi. Ses mains, se souvenant de l’expérience rêvée, y étaient encore douloureusement crispées. Il remarqua qu’il était assis, effet d’une translation dont il ne se souvenait pas, dans le fauteuil qu’avait occupé son père. Il en sentait encore le parfum si connu de sa mémoire. Avait-il changé de place alors qu’il dormait déjà, promeneur inconscient et improbable de la nuit ? Il peinait à le croire. Mais alors, comment ?

La journée naissante était belle et le soleil, qui tombait juste sur son visage, devenait aveuglant ; c’est lui, sans doute, qui avait exagéré les lumières nocturnes du rêve. Dimitri avait du mal à cerner la frontière entre les deux mondes que l’aube avait confrontés ; il ne se sentait guère reposé par son court sommeil, et la vision de la rue – qu’il connaissait, il en était sûr, sans réussir à la situer – ne voulait pas le quitter. Le sentiment de cette solitude, surtout, qu’il avait si réellement éprouvé, rendit son immobilité, une fois qu’il fut complètement réveillé, insupportable.

Il se leva, sortit de son bureau, dont la porte était fermée à clef, ce qui fit naître en lui une inquiétude confuse. Il se mit à errer dans l’appartement, si vaste, avec l’espoir vague d’y trouver sa femme. Mais il ne la vit nulle part et échoua finalement dans la cuisine, où Béatrice Aristide, poussée par on ne sait quelle puissance divinatoire jamais prise en défaut, venait justement de préparer du café. Dimitri s’assit de nouveau, s’effondra presque, épuisé par une succession d’événements dont la direction ultime lui échappait péniblement, et se mit à boire avidement. Il se sentait comme altéré ; des pensées avortées germaient dans son esprit puis fanaient immédiatement. La parole en lui était, ce matin-là, remplacée par des surgissements aléatoires de visions apparemment incohérentes qui le torturaient sans rien expliquer. La jeune femme de la veille, en particulier, revenait avec insistance, entourée des mots chiffrés de son père. « Cela, c’est à toi de le découvrir ». Qu’avait-il voulu dire ? Pourquoi tant de mystère ? Qu’attendait-il de lui, à la fin ?

Pour la première fois depuis longtemps, Dimitri était en colère. Il s’en apercevait à peine et tout ce qui émergeait de cette violence était un sentiment de grande impuissance. Il croisait son propre regard dans le noir de sa tasse, tout en buvant, et il s’effrayait lui-même.

*

– Dimitri, tu as un air épouvantable.

Laure était entrée, il ne l’avait pas entendue. Il sourit à cette voix, sans la regarder. C’était le phare aperçu au plus profond d’un ouragan figé ; enfin une part de sa vie qu’il pouvait reconnaître.

Laure avait de ces phrases maladroites, mais qui pour Dimitri n’exprimaient que la tendresse de sa femme, son attention un peu brusque, rassurante. Il craignait parfois ce besoin qu’il éprouvait, de toujours sentir sa présence à ses côtés, de croire qu’elle ne partirait pas, qu’aucune puissance ennemie ne pourrait s’opposer à sa volonté à lui et la faire disparaître. Ce besoin avait, étrangement, précédé l’amour et, même, le désir. Il avait d’abord eu besoin d’elle. Et il s’était agacé de cette dépendance soudaine, jusqu’à masquer l’amour et le désir, apparus en lui sans qu’il s’en aperçût d’abord. Dans ses moments ténébreux, il se disait qu’il l’avait épousée pour se débarrasser de cette énigme qu’elle avait, malgré elle sans doute, fait naître en lui. L’avoir ainsi toujours sous les yeux lui permettait, paradoxalement, de retarder éternellement le moment de considérer l’image qu’elle lui renvoyait. Toujours cette fuite qui le menait, et le conduirait un jour, bientôt peut-être, à se fracasser contre son propre mur. La présence de sa femme lui évitait, et l’empêchait, de se perdre en lui-même. Dimitri le savait et l’acceptait. Ce matin-là en particulier, Laure lui offrait un retour éphémère et factice dans une vie, déjà passée, qu’il avait mis vingt ans à construire et qu’une seule nuit avait évanouie. Bien sûr, Dimitri ne parla pas de la visite de son père, ni du rêve ; Laure devait être, sans le savoir, la vestale de sa cathédrale en ruine, la gardienne pure et inconsciente d’un souvenir écroulé sous son propre mensonge. Il sentait qu’il ne pourrait affronter son nouveau visage, germé à même son âme, que s’il restait seul à le voir. Enfin, ce besoin d’elle qui l’avait tant tourmenté autrefois, il avait peur, aujourd’hui, de le perdre.

Dimitri releva les yeux et regarda sa femme. Il vit qu’elle était inquiète ; cela le fit souffrir ; il comprit que le danger, désormais, de se trahir, ne lâcherait plus son étreinte.

– Si nous allions à l’opéra ce soir ?

Il fut lui-même surpris de s’entendre prononcer ces mots. Comme si ses désirs naissaient soudain d’un lieu inexploré de son être. Laure se mit à rire.

– Voilà cinq ans que j’essaye, par tous les moyens, de t’y traîner, et que tu prétends l’avoir en horreur !

Laure avait raison bien sûr ; dès leur rencontre, elle lui avait confié sa passion pour la musique, son sentiment candide, qu’elle lui avait avoué éprouver souvent, d’une vocation manquée ; son admiration éperdue pour ces femmes qui savent inventer leur propre corps pour en faire un instrument sublime ; son bouleversement triste chaque fois qu’elle allait à l’opéra. Devenue célèbre elle-même, elle n’avait pourtant jamais osé approcher une de ces chanteuses, qui vivaient pour elle dans un monde autre, une dimension surélevée qu’elle ne pourrait atteindre. Elle préférait aimer d’en bas, contempler de loin cet Olympe que son imagination naïve avait construit en leur honneur. Elle, l’actrice, n’avait jamais transgressé la frontière dressée par la scène imposante d’un opéra. Dimitri avait toujours écouté, en silence, ces confessions passionnées de Laure sur des artistes qui lui ressemblaient tant mais qu’elle refusait obstinément d’appeler ses sœurs. Cela le surprenait et l’attendrissait en même temps ; il était ému de cette modestie simple dont lui-même était incapable. Il pouvait évidemment admirer, vénérer, même, avec passion, mais ces sentiments le tourmentaient toujours ; le renvoyaient implacables à sa défaillance intime et tue, à sa culpabilité de n’être jamais, à ses propres yeux, assez grand, assez exigeant avec lui-même. À son échec, enfoui en lui comme un secret honteux. Et la torture de lire seulement s’était aggravée avec le temps, venu accélérer dangereusement l’impression pénible de regarder son œuvre dans un miroir sans concession qui n’avait pour lui que mépris, et qui n’était en fait que celui de son propre regard. Compliquant encore son ambivalence, il s’en voulait de ne pas pouvoir admirer purement, avec simplicité.

Malgré son amour pour sa femme, Dimitri n’avait jamais pu se résoudre à l’accompagner à l’opéra. Il avait essayé à plusieurs reprises, et annulé au dernier moment, alors qu’elle l’attendait déjà dans la salle. Il l’appelait alors, la voix étranglée d’angoisse, et entendait derrière elle la sonnerie qui annonçait le début du spectacle comme le départ d’un train ; ce son réveillait chaque fois en lui un souvenir inquiet, une souffrance démesurée et il raccrochait précipitamment. Mais on pouvait légitimement se demander si une part de lui ne prévenait pas délibérément si tard pour, justement, avoir une chance d’éprouver le bonheur ambigu d’entendre ce qui seul était capable de mettre en branle une mémoire depuis longtemps figée par lui, mais qui continuait de survivre quelque part dans les méandres de sa cathédrale secrète, au fond d’une de ces nombreuses chausse-trapes de l’oubli. Si quelqu’un lui avait fait cette suggestion, il l’eût trouvée grotesque.

Laure ne lui avait jamais fait le moindre reproche, lui racontait doucement sa soirée en rentrant, avec peut-être, à peine perceptible, une tristesse dans la voix, comme elle sentait en lui quelque chose qu’elle ne parvenait pas à comprendre. Il avait expliqué son comportement erratique par une sorte d’aversion viscérale pour cet art, qui s’accordait mal, au fond, avec sa passion pour le théâtre. Il réussissait même parfois à rire de lui-même pour rassurer sa femme. Mais Laure avait accepté ses raisons sans les questionner ; Dimitri se doutait qu’elle n’y croyait pas vraiment et il lui était reconnaissant de ne pas chercher à provoquer un aveu qu’il n’était pas prêt à faire. C’était assurément une force puissante qui le retenait, depuis près de sept ans, loin de cette scène-là, une gravitation renversée qui entravait son corps même ; lui seul en connaissait l’origine. Laure elle-même l’avait sentie à l’œuvre chez son mari, elle savait bien qu’une aversion aussi radicale, aussi insurmontable, ne pouvait être une affaire de goût. À vrai dire, si elle n’avait jamais interrogé Dimitri à ce sujet, c’était autant par respect pour son énigme que par peur de découvrir ce qu’elle cachait. Laure avait depuis longtemps découvert l’existence du temple secret mais n’avait jamais osé, pour elle-même avant tout, s’en approcher. Ce qu’elle connaissait de Dimitri lui suffisait. Il écrivait pour elle, il y avait entre eux ce lien essentiel qui surplombait tout le reste ; elle ne voyait pas quel danger pourrait menacer la source même de leur inspiration intime et commune. Elle avait en lui une foi absolue.

Pourtant, quand elle l’entendit ce matin-là faire une proposition inattendue jusqu’à l’extravagance, quelque chose en elle trembla ; elle sentit brusquement qu’elle ne connaissait pas celui qui venait de parler. La voix, le visage étaient bien ceux de Dimitri, mais elle eut cette sensation confuse et inquiétante qu’un autre avait pris, pendant la nuit, possession de ce corps. Elle se rappela même que cette impression l’avait effleurée déjà, quand Dimitri écrivait sa dernière pièce. Elle ne s’y était pas attardée, mais cela revenait à présent. Alors elle rit pour soulager l’angoisse naissante, puis s’approcha de lui.

Dimitri la regardait comme un homme perdu en mer. Il n’avait pas fait un mouvement ; ses mains entouraient étroitement sa tasse, comme si elles voulaient en creuser la matière, l’éclater de leur force désespérée. Il sombrait, il le sentait, et fit, pour sourire à sa femme tout près de lui, un effort qui lui parut surnaturel. Sa cathédrale, son temple, sa Bastille était devenue un Titanic en route vers son engloutissement certain, arrêté sur un océan glacé, attendant de disparaître, conscient qu’aucune puissance ne viendrait le sauver. Qu’y avait-il au fond ? Dimitri fut soudain saisi par cette question, alors qu’il regardait sa femme venir à lui, comme au ralenti. Aurait-il le temps de masquer le gouffre qui s’ouvrait et cherchait à l’entraîner dans une chute infinie ? Laure était presque contre lui à présent, elle se pencha sur son visage et le caressa doucement. Dimitri ferma les yeux un instant, mais le monde, à l’intérieur, se mit à tourner violemment, et il éprouva ce malaise qui rend tout évasif, quand on a dépassé l’ivresse, quand tout est devenu incontrôlable, jusqu’à son propre regard intérieur. La main de Laure avait glissé sur son épaule ; sans savoir ce qu’il faisait, Dimitri lui prit brusquement le bras, l’arracha de son corps et le tint fermement à distance. Laure se laissa faire, mais il sentit, au cœur de son étreinte insensée, qu’elle tremblait. Il lui faisait sans doute mal. Il avait, de plus en plus, l’impression qu’un autre agissait à sa place, et c’était effrayant. Il se sentait traqué par cet étranger qui s’était enraciné au plus profond de son âme, qui avait attendu, patiemment, que son tour vienne, et qui se réveillait à présent à contretemps de ses désirs conscients. Quand il rouvrit enfin les yeux, il vit que sa femme était terrorisée. Une tristesse sombre aussi montait en elle et la secouait de spasmes irréguliers. Elle était en train de le perdre. Elle ne chercha pas à se libérer de lui. Elle s’abandonnait et Dimitri en conçut une folle jalousie contre lui-même. Elle devait voir que celui qui la tenait n’était pas celui qu’elle aimait, elle devait résister au lieu de se livrer à lui de la sorte.

Tout cela allait très vite et semblait durer une éternité. La perception même du temps était corrompue en lui. Il observait la peur prendre, sur le visage de Laure, une forme presque palpable. Il voulait effacer cette vision, il voulait être rendu à lui-même, mais il sentait, au bord de la panique, que l’autre cherchait par tous les moyens à se montrer. À la fin il se leva, desserra légèrement son étreinte sans lâcher sa femme ; il resta d’abord tout contre elle, comme pour faire barrage de son corps à la montée irrésistible de l’inconnu. Elle ne l’avait pas quitté des yeux, elle attendait. Elle avait foi, malgré la peur. Cela le soulagea, et le tortura. Il écouta longuement battre contre sa poitrine la respiration tourmentée de sa femme, ce message sans espoir d’un monde à la dérive. Il prit alors conscience du silence qui les entourait, rompu seulement par cette palpitation de leurs deux corps offerts l’un à l’autre, qui essayaient en vain de se toucher vraiment, de traverser le mur que la folie passagère de Dimitri avait dressé entre eux.

Il bougea le premier. Il caressa lentement les bras de Laure puis posa ses mains sur ses épaules. Il la sentit, sous ses paumes tremblantes, qui l’attendait toujours. Quelque chose passa en lui à ce contact si simple, un désir qui le paralysa presque de sa violence. Avec lui, c’était une bouffée de réalité salvatrice qui s’engouffrait dans la brèche béante de sa chair brûlante.

Alors, très lentement d’abord, puis avec une ardeur sauvage et maladroite, il l’embrassa. Laure, enfin, pleurait. Elle s’effondra en lui et il sentit, qui montait à l’assaut de leurs deux corps déjà unis d’un désir double, toute la tension qu’elle avait jusque-là contenue. En acceptant qu’il la possède ainsi malgré la peur, malgré la violence, elle le libérait provisoirement de la conscience de son effondrement.

Son abandon était total. Dimitri savait au fond de lui qu’il la trompait, mais il ne s’en livra pas moins à cette joie factice, à cette illusion volontaire de pouvoir se retrouver lui-même, ne serait-ce qu’un instant.

Il l’entraîna, la porta presque, jusqu’à son bureau, à présent complètement illuminé. Jamais ils ne s’étaient étreints dans ce lieu normalement fermé à tout autre que lui, mais Dimitri avait besoin de croire qu’il pouvait renverser le cours des choses né depuis la nuit et qu’il fallait pour cela retourner au point d’origine du bouleversement.

Il referma la porte derrière eux.

Laure restait debout au milieu des livres et des papiers parsemés en désordre tout autour. Elle avait sur le visage une expression mêlée d’acceptation et de mélancolie ; Dimitri ne voulut pas y prendre garde ; la peur avait disparu, c’est tout ce qui lui importait en cet instant. Il resta appuyé contre le mur, retardant volontairement le moment de reprendre possession du monde. Il se persuadait lui-même que l’autre avait renoncé, sûr de sa force désormais. Laure avait ouvert un passage sans le savoir, un passage encore invisible, entre les identités en lutte de Dimitri, éloigné provisoirement le dérèglement de ses moi. Lui n’y voyait qu’une possibilité de retour et il savourait cet oubli nouveau sans comprendre que c’était là le dernier sursaut du masque mourant.

Enfin Laure, qui peut-être avait alors davantage conscience que lui de ce qui était en train d’advenir, murmura, la voix légèrement brisée d’un accent désolé qu’il n’entendit pas, ce seul mot : « Viens ».

*

Il avait dû s’assoupir. Lorsqu’il se réveilla, allongé par terre, nu, au pied d’un fauteuil, il était seul. Il mit un certain temps à se souvenir de ce qui s’était passé. Il se sentait épuisé, physiquement et moralement. Il avait fait l’amour à sa femme, longtemps, à même le sol, comme si c’était la dernière fois. Ils avaient fait l’amour sous le soleil éclatant, puis les ténèbres, brusquement, l’avaient repris. Et Laure avait disparu. Pourquoi n’était-elle pas restée près de lui ? Il remarqua qu’il avait laissé son bras dans une position inconfortable, entourant un corps absent. Il bougea très lentement mais resta encore quelques instants allongé. Le soleil n’éclairait plus qu’un coin du bureau, près de la porte, toujours fermée. Il fixa son regard sur ce carré de lumière. Une sueur froide enveloppait son corps ankylosé, et il commençait à frissonner. Pourtant, il ne parvenait pas à se lever ; sa volonté était obstruée par quelque puissance extérieure qui le maintenait collé contre le sol dur. Il avait besoin de réfléchir. Tant de choses avaient eu lieu, et si rapidement. Des visions en désordre défilaient sur l’écran de soleil, à quelques mètres de son visage. Il sentait son corps nu s’enfoncer peu à peu dans une réalité nouvelle ; il sentait son sexe encore gonflé par l’effort et le plaisir. Chaque point, même le plus infime, de sa chair semblait se réveiller tour à tour et se manifester à lui. Il n’avait jamais eu une conscience aussi pleine de lui-même, comme s’il découvrait pour la première fois sa propre existence, comme s’il avait la faculté prodigieuse de se souvenir du moment de sa naissance. Même l’inquiétude née de l’absence de sa femme se dissipait, vaincue par cet univers qui s’ouvrait à lui et l’accueillait voluptueusement.

Cette multitude de sensations stimulaient et submergeaient sa pensée. La fatigue qu’il éprouvait était au fond une bénédiction qui l’empêchait de se torturer lui-même davantage. Il laissait son corps dériver au cœur de cette marée d’impressions qui le marquaient de leur sceau inaltérable, sans plus se demander lequel de ses moi avait finalement vaincu l’autre. Il saurait cela bien assez tôt.

Le carré de soleil diminuait peu à peu et c’est seulement lorsqu’il eut complètement disparu que Dimitri retrouva en lui la volonté de se lever. Le bureau était désormais baigné d’une lumière grise ; il était tard, sans doute ; il se rappelait vaguement qu’il avait parlé d’aller à l’opéra. Mais le monde autour semblait avancer au ralenti et il désirait goûter encore un peu ce calme de l’infini. Il resta debout d’abord, sans bouger, éprouvant sa nudité avec un plaisir renouvelé. Il écoutait son sang battre à travers sa chair. Il se sentait terriblement vivant. La conscience pudique de son corps voilait pour l’heure la question de son identité. Il prenait de longues et grisantes inspirations. Il avait toujours froid mais il recevait cette sensation même avec gratitude.

Au bout d’un moment, quelque chose, sur son bureau, attira son regard. Il s’approcha et vit qu’il y avait là, au milieu de plusieurs piles de livres en équilibre et d’une foule de papiers manuscrits, une feuille, couverte d’une écriture noire qui n’était pas la sienne.

Cette feuille unique, d’un papier très fin, presque transparent, était délicatement posée contre des brouillons épars de sa dernière pièce. Il la contemplait, à l’envers, sans pouvoir la déchiffrer, paralysé par une excitation étouffante. Il n’osait tendre la main vers elle, il se sentait comme retenu par cette peur formidable qui saisit devant une montée intempestive de désir. Une chaleur brusque l’entoura et cette étrange apparition, d’une écriture inconnue, eut sur son corps un effet inattendu ; il en ressentit une honte incompréhensible, accompagné du sentiment étonnant d’être observé au milieu de sa solitude, d’être vu dans sa nudité, par un regard qui refusait de se montrer. Il fut alors pris d’un tremblement incontrôlable, dû au froid peut-être, ou à l’angoisse, et chercha, comme traqué, un moyen de se dérober à ce regard impossible, qu’il inventait sûrement, mais dont la réalité puissante le bouleversait jusqu’au malaise. Il éprouvait, avec une violence insensée, le désordre qui régnait désormais en lui et qu’il avait cru, dans sa naïveté presque enfantine, pouvoir anéantir en possédant sa femme. L’apaisement qu’il avait reçu alors venait de disparaître. A l’évidence, une force étrangère, dont il ne pouvait discerner encore les intentions à son égard, était entrée chez lui pendant qu’il dormait ; avait fait fuir Laure, peut-être.

Qu’était-ce que cette vie nouvelle, germée en lui comme une plante parasite, et sur laquelle il paraissait n’avoir aucun pouvoir ?

Une voix étrangement lointaine lui répondait qu’il y avait là une chance à saisir.

Mais il devait, d’abord, reprendre possession de son propre corps, l’arracher à cette raideur brûlante, à ce désir incongru né sous un regard absent qui le troublait comme aucun regard ne l’avait jamais troublé.

Saisi d’une peur démente, serré jusqu’à la douleur par une réalité devenue si incertaine et si présente à la fois, il finit par se retourner pour s’assurer qu’il était seul. La pièce était à présent dans la pénombre et il y voyait mal ; il la scruta attentivement, sursautant imperceptiblement à chaque forme que la nuit naissante rendait vaguement humaine. Puis il se rendit à l’évidence. Personne n’était là ; personne ne le regardait. Il en conçut, venant ajouter à sa confusion, une déception légère.

Il réussit à retrouver ses vêtements dans l’ombre, les enfila avec une précipitation maladroite et se sentit exagérément soulagé. Son visage était couvert d’une sueur glaciale. Son corps s’apaisait, il respirait plus facilement. Il n’osait pourtant se demander encore ce qui venait de se passer. Il sentait que la terreur mêlée de désir qui s’était emparée de lui, qui avait, semblait-il, arrêté le temps lui-même, s’éloignait peu à peu, mais laissait derrière elle une conscience ensanglantée.

Alors seulement il se souvint de ce qui l’avait provoquée.

Puis il entendit qu’on frappait doucement à la porte de son bureau.

Il resta quelques instants abasourdi. Il lui semblait revenir, très lentement, depuis une autre dimension de l’espace et du temps, depuis ce monde parallèle que, déjà, il avait visité en rêve et qui avait, sans qu’il s’en aperçût, remplacé furtivement celui qu’il connaissait, puis, de nouveau, s’était évanoui dans un glissement silencieux. Dimitri s’inquiétait de plus en plus de ces sauts de conscience qui survenaient en lui sans qu’il parvînt à les maîtriser. Ainsi, avec la chute, si brutale, du masque, son identité s’était-elle effondrée sur elle-même et une lutte sans merci se livrait en lui entre ses moi désorientés. Comme étranger, s’observant depuis un extérieur qui n’existait pas, il se demanda, alors seulement, lequel finirait par vaincre.

On frappa plus fort.

Dimitri se recoiffa rapidement de la main, remit de l’ordre dans ses vêtements, regretta vaguement de ne pas avoir installé de miroir dans son bureau, puis alla enfin ouvrir la porte. Béatrice Aristide le regarda d’abord sans rien dire, le visage figé dans une impassibilité qui trahissait, selon un paradoxe propre à cette femme, une surprise violente. Ses yeux, très bleus, le dévisagèrent avec une intensité qu’il ne leur connaissait pas et qui le mit fortement mal à l’aise. Aussi lui parla-t-il avec plus de sécheresse qu’il ne l’aurait voulu.

– Qu’est-ce que vous voulez ?

Ce visage qui se refusait obstinément à toute expression, ouvert seulement par ce regard silencieux fixé sur lui avec une impudeur qu’il trouva parfaitement déplacée, le mit dans une rage folle. Il aurait voulu la prendre à bras-le-corps, la frapper sans fin pour soulager sur elle, dont il éprouvait jusqu’au dégoût l’innocence presque palpable, toute la violence qui le submergeait et le rendait désespérément impuissant. Il se doutait bien que son apparition, dans l’embrasure de la porte que sa haute stature occupait entièrement, sur le fond complètement noir de son bureau, hanté sous cette nuit froide de formes tourmentées, avait quelque chose d’inquiétant, d’effrayant peut-être. Il sentait bien que son visage était saisi de frémissements nerveux que le regard de Béatrice Aristide ne faisait qu’aggraver. Il s’exaspérait de ce déséquilibre entre sa secrétaire et lui ; il aurait voulu la contraindre à crier, à exprimer une émotion quelconque, à lui demander, ne serait-ce que cela, ce qui lui arrivait. Il se contenta de la regarder avec un air de défi assez puéril qui ne devait qu’ajouter à l’expression de folie qui émanait de lui sans parvenir, pourtant, à faire réagir, pour cette fois seulement, Béatrice Aristide.

– Votre femme vous fait dire que vous allez être en retard.

– En retard pour quoi faire ? Et depuis quand ma femme vous utilise-t-elle comme intermédiaire ?

Dimitri se délectait sombrement de se montrer aussi odieux. Il crut remarquer que Béatrice retenait difficilement un très léger haussement d’épaule. Il entendait sa respiration devenir plus rapide ; il lui transmettait donc un peu de cette tension intolérable. Il réussirait peut-être cet exploit, la mettre hors d’elle.

– Il semblerait que vous ayez proposé à votre femme d’aller à l’opéra ce soir.

Dimitri sourit imperceptiblement. Il sentait la victoire toute proche. Béatrice Aristide n’avait pu s’empêcher de prononcer ses dernières paroles avec, juste au creux de la voix, une ironie certaine mais que seule l’oreille experte de son patron était capable de déceler. Il savait que c’était le point extrême que pouvait atteindre l’expression émotionnelle de sa secrétaire, du moins à son égard, et il eût proposé à sa femme d’aller sur Neptune ce soir-là que Béatrice n’en eût pas marqué plus d’incrédulité qu’elle ne venait, à l’instant, de le faire. Enfin il détenait quelque emprise sur ce monde qui avait tenté, si perfidement, de l’expulser pour l’enfermer dans une dimension chaotique où tout devenait potentiellement hostile, où tout était hors de portée. Il avait réussi à ébranler sa secrétaire, quand bien même cela ne fût que le hoquet tiède d’un volcan endormi depuis des millénaires – tout n’était pas perdu. Elle serait la victime innocente, justement innocente, qu’il lui fallait sacrifier pour revenir sur le sol sacré de sa réalité, pour conjurer l’égarement, auquel il ne croyait échapper à chaque nouveau détour que pour le retrouver plus profond, plus radical.

Dimitri la regarda longuement, tentant de pousser encore son avantage, mais elle n’en montra pas plus d’émotion que si elle se fût trouvée devant son miroir ou, peut-être, devant un de ces tableaux abstraits auxquels elle prétendait ne rien entendre. À peine lisait-on dans son regard, mais exagérément loin, comme à travers une lunette renversée, cette nuance de reproche attendri qu’elle réservait exclusivement (sans qu’il n’en sût rien, bien sûr) à son patron, le seul homme en vérité qui occupât sa vie, quand il se mettait dans ce qu’elle appelait intérieurement un de ses « états ».

Dimitri devrait bientôt s’avouer qu’il épuisait en vain les rares forces qui lui restaient après ces heures de délire éveillé, d’allées et venues déchirantes entre la conscience et le déséquilibre. Son esprit, ivre ou fiévreux, titubait littéralement et ne cessait de se heurter aux éléments jusqu’alors les plus familiers de son univers. Il continua pourtant d’observer sa secrétaire, ou plutôt de garder sur elle ses yeux désormais figés sur une absence. Béatrice n’osait plus rien dire, semblait attendre qu’il revînt à lui. Elle ne l’avait jamais vu comme cela, et une inquiétude sourde s’éleva en elle que, bien sûr, elle ne montra pas. Au bout d’un moment elle se décida à faire un geste extraordinaire. Elle posa la main, elle effleura plutôt, le bras tremblant de Dimitri. Il ne réagit pas immédiatement et elle dut, faisant un effort sur elle-même, affermir doucement son étreinte. Tout en touchant, pour la première fois de sa vie, cet homme, elle baissa les yeux. Enfin conscient de ce contact inattendu, Dimitri sursauta, ses yeux retrouvèrent subitement leur lumière si caractéristique et il regarda Béatrice avec surprise.

Très vite, elle ôta sa main et murmura d’une voix légèrement brisée :

– Votre femme vous attend.

Puis elle se retourna sans relever les yeux vers lui et partit précipitamment.

Dimitri avait du mal à saisir toute l’ampleur sidérante de ce qui venait d’avoir lieu. Il resta encore un peu à songer, immobile, devant le couloir où sa secrétaire avait déjà disparu. Il avait si puissamment désiré provoquer chez elle une réaction, l’expression d’une émotion enfin assumée, une mise en relation qu’il avait imaginée forcément violente, et ce qu’il venait d’obtenir ne ressemblait à rien de tout ce à quoi il avait pu s’attendre. Depuis vingt ans qu’elle travaillait pour lui, il avait cru qu’il connaissait parfaitement Béatrice Aristide et, même, qu’une telle femme ne pourrait jamais le surprendre. Un gouffre s’était pourtant, à l’instant, ouvert sous lui, pour se refermer aussitôt, révélant les méandres douloureux d’une âme qu’il avait entrevue, l’espace d’un éclair, pour la toute première fois. Il s’était sans le vouloir penché sur un abîme obscur et il s’en releva étourdi. Il était triste, aussi, de découvrir, si tard, la raison bouleversante de l’impassibilité, qu’il avait si souvent trouvée exaspérante, de sa secrétaire. Enfin, un nouvel assaut malsain de culpabilité et d’angoisse le prit à la gorge. Il se rendit compte qu’il avait vécu jusque-là dans une bienheureuse et détestable indifférence. Et il lui semblait que, depuis l’événement fondateur de la veille, resté longtemps en gestation pendant qu’il écrivait sa dernière pièce, depuis le séisme double qui avait arraché le masque dans un silence retentissant, il était devenu voyant. Il avait jusqu’alors marché en aveugle, ébloui par sa propre image, reflétée dans tous ces regards prétendument amis qu’il avait choisis avec une odieuse complaisance. Et il venait, sous l’effet d’un geste définitif de l’écrivain qui croupissait au fond de lui et qu’il commençait tout juste à reconnaître, enfin, comme une part, la seule véritable, de lui-même, de briser le miroir. Il était désormais si possédé de compréhension brutale qu’il croyait en voir, éparpillés autour de lui, les restes misérables, n’offrant plus de son visage qu’une image éclatée où se perdait sans rémission possible le sens de sa vie passée.

Que Béatrice Aristide, que cette femme qui l’aimait d’un étrange amour, et qu’il avait seulement vue pour la première fois une minute auparavant, dût donner à ce fantasme d’identité qu’il fit passer, vingt ans durant, pour Dimitri Levine, le coup fatal destiné à le sauver, cela lui parut l’ironie la plus tragique.

Ce destin, qu’il avait si soigneusement couvé pour mieux le fuir pendant de trop nombreuses années, s’était enfin décidé à éclore, mais sous de bien curieux auspices. Une seconde vie s’étendait soudain devant lui et il se sentait, égaré au milieu de cette perspective non linéaire et sans horizon visible, aussi démuni, terrorisé et ébranlé qu’un nouveau-né à qui l’on aurait donné, dangereux privilège, la faculté de comprendre le monde au premier cri. Il pensa qu’il en avait précipité l’avènement sans s’attarder vraiment sur les conséquences qu’elle aurait, non seulement sur lui-même, mais sur ceux qui l’entouraient et qui, à leur manière, le composaient aussi. Maintenant qu’il les voyait clairement, maintenant qu’elles projetaient leur lumière rétrospective sur ses décisions à demi conscientes, il vit qu’il avait agi avec une grave désinvolture.

Dimitri s’était involontairement adossé au chambranle de la porte de son bureau. Il se demandait ce qui l’attendait à présent, quels événements devaient marquer cette âme vierge poussée tout contre l’ancienne, lorsqu’il entendit Laure qui l’appelait depuis les profondeurs de l’appartement.

Épisode 5

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