Expériences virtuelles

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Νεκυία #6

Elle se pencha enfin, et posa sa main sur celle d’Ivan. Eux qui se regardaient depuis toujours se virent enfin. Elle vit les larmes, elle vit la terreur, elle vit la douleur honteuse. Jamais le visage d’Ivan ne lui avait parlé ainsi. Irina franchit alors le dernier interdit et le prit, ce visage, doucement entre ses mains. Leurs deux ombres emmêlées formaient sur le sol une figure inconnue, qu’aucune parole n’aurait pu interpréter.

Νεκυία #5

L’escamotage de la perte rendait caduc l’art de la métaphore. Sa capacité à dire la radicalité de l’expérience était devenue inutile. Le symbolisme, la collision des images, le discours et l’émotion qui se glissent dans l’interstice des rapprochements inattendus, l’audace des contraires qui se télescopent, la puissance des mots et des idées qui s’emboîtent mal, l’harmonie des phrases désaccordées, le cri muet de la littérature, la première main posée sur la paroi d’une caverne, le train impétueux des frères Lumière – tous, oblitérés par le désir de vaincre l’invincible. Et l’humanité n’avait plus de raison de laisser une trace.

Νεκυία #4

Rogokyne était arrivé jusqu’au parc. Il fut attiré par son obscurité. Il regarda nonchalamment autour de lui avant d’escalader prestement l’enceinte métallique. Tout semblait désert, mais il distinguait vaguement quelques ombres furtives qui se confondaient rapidement avec celles des arbres dès qu’il approchait. C’était les habitants de la ville souterraine, qui venaient, à la nuit tombée, goûter un peu de nature interdite.

Winter is coming

L’histoire commence au-delà du Mur. Et cet au-delà est le territoire de l’imaginaire ou, en termes freudiens, de l’inconscient. De là viennent les créatures merveilleuses et les monstres de la nature. Le Mur, lui-même prodige architectural, semble protéger le monde rationnel de toute résurgence de la magie, vécue comme une menace.

The King’s Road: déracinements, séparations, prémonitions

Depuis la fin de la Rébellion, le monde de Westeros vit dans une apparente stabilité. Le déséquilibre, bientôt fatal, gît en embuscade au cœur du pouvoir. Robert Baratheon a atterri sur le Trône de Fer, et épousé Cersei Lannister. Ils ne s’aiment pas et, surtout, leurs trajectoires comme leurs désirs sont inconciliables. Robert aimait l’excitation de la guerre et avait soif de vengeance, mais le pouvoir l’ennuie. Cersei est possédée d’une ambition que son sexe lui interdit de réaliser.

La chute d’un homme. Mad men #1

Le générique de Mad men dit déjà tout et pourtant invite à découvrir, épisode après épisode, l’éternelle chute de l’homme. Le spectateur entre dans la tête de celui, l’homme de Madison avenue, qui prétend entrer dans la sienne et créer ses désirs. C’est un premier vertige.

Chorégraphie cosmique et tragique : Lars von Trier, Melancholia

La mort d’Isolde est célèbre pour achever, en un véritable orgasme musical, l’accord parfait auquel aspire tout l’opéra. Cette course folle d’un érotisme absolu, qui pourra seulement s’accomplir post mortem, commence dès le prélude. C’est l’accompagnement, plutôt la trame dont il tisse ses images, que Lars von Trier a choisi pour Melancholia.

Life is Strange – Nostalgies

Le joueur s’est incarné en ces différents mondes virtuels. Chacun, comme un espace des phases, ouvre ses possibles à l’expérience. Si celle-ci est toujours prédéterminée par un scénario, à la fin, le monde virtuel, par sa nature même, permet une exploration intrinsèquement singulière, individuelle. Une fois incarné en lui, le joueur doit l’habiter.

Abîme

Sous leurs yeux, une incroyable déflagration silencieuse. Une implosion muette. Ils avaient imaginé une nuit soudaine, et ils avaient cru un instant que tout s’immobilisait dans l’univers. Ils étaient interdits, comme jamais homme avant eux, sans doute, n’avait été interdit. Ils étaient les premiers et les derniers à faire cette expérience.

Réalités altérées

La fiction est le lieu des êtres hybrides, des chimères, des métamorphoses mouvantes où la vie se renouvelle de trouver des combinaisons inattendues. Le regard s’y confronte à la dissonance et s’y éduque à ce qui n’est pas lui, qui le dérange.